Giorgio Agamben, La Communauté qui vient. Théorie de la singularité quelconque

Que serait une communauté sans présupposés, sans conditions d’appartenance, sans identité ? Peut-on imaginer une communauté faite d’hommes qui ne revendiquent pas une identité (être français, rouge, musulman) ? Comment penser désormais une communauté formée par des singularités quelconques, c’est-à-dire parfaitement déterminées, mais sans que jamais un concept ou une propriété puisse leur servir d’identité ?

L’être qui vient : ni individuel ni universel, mais quelconque. Singulier, mais sans identité. Défini, mais uniquement dans l’espace vide de l’exemple. Et, toutefois, ni générique ni indifférent : au contraire, tel que de toute façon il importe, objet propre de l’amour. Sa logique : les paradoxes de la théorie des ensembles, l’anonymat de l’idée, l’impossibilité radicale d’un métalangage. Son éthique : être seulement sa propre manière d’être, pouvoir uniquement sa propre possibilité ou puissance, faire l’expérience du langage en tant que tel. Sa politique : faire communauté sans présupposés ni conditions d’appartenance, exode irrévocable de l’État, construction d’un corps communicable.

traduit de l’italien par Marilène Raiola
novembre 1990, 128 p. — EAN 978-2020123761