François Maspero, Des saisons au bord de la mer

« Ils se racontent des histoires, ceux qui se bercent de l’illusion que les maisons ont une âme à elles. Si les maisons en ont une, c’est seulement celle que forme l’ensemble des âmes de ceux qui les habitent. Jamais elles ne pourront parler à des intrus sans mémoire de la chaleur que leur communiquaient les vivants d’alors, de l’écho des voix au sein de leurs murs, des odeurs de cuisine et de fleurs, du vent de la mer qui faisait claquer les volets. L’âme des maisons, la vraie, ne survit que dans le souvenir de ceux qui y ont vécu. »

Un homme se souvient. Son enfance dans une maison proche d’un port du Nord d’où l’on voyait les falaises d’Angleterre, à l’époque de la bourgeoisie sûre d’elle-même et des espoirs du Front Populaire. Et l’enfance de sa fille, dans une île de l’Atlantique battue par les vagues où se mêlaient histoire et légendes, et qu’elle aimait au point de rêver qu’elle y était née.

Entre les deux, la guerre, les destructions, la mort d’êtres chers, toujours vivants dans la mémoire du père que la fille interroge obstinément. Et dans le défilé des saisons, contre vents et marées, François Maspero dit la vie, le bonheur fragile, l’amour partagé de la mer et de la terre charnelles.

mars 2009, 192 pages —  EAN 9782020992633

 

Thomas Wieder, Le Monde, 30 avril 2009 : « Il y a quelques années, Maspero confiait qu’il repensait souvent à une nouvelle de l’écrivain colombien Alvaro Mutis, qu’il avait traduite en français, et dont un personnage voulait « peindre le vent », « cette chose qui n’a pas de nom et qui nous file entre les mains sans que nous sachions comment ». On veut croire qu’il y songeait encore en essayant de « prendre au piège des mots » ces « innombrables parcelles du passé » qui constituent la « part inséparable » de chacun, mais qui ne prennent toute leur importance qu’à l’automne de la vie. »

Jean-Yves Potel, En attendant Nadeau , 23 juillet 2019 : « Avec son dernier livre paru en 2009, François Maspero tente de fixer les souvenirs de deux enfances, la sienne et celle de sa fille disparue, en deux maisons, l’une au bord de la Manche, l’autre sur une île bretonne, à vingt ou trente ans d’écart. (…) « C’est une opération cruelle, comme fixer un papillon sur une épingle ainsi que le faisait son grand père. » C’est pourtant ce qui fait l’originalité et la force de ce livre né d’une nostalgie multiple des lieux, des êtres aimés, des pleurs et des rires d’un narrateur qui voyage dans un monde disparu, retrouve le nom des arbres, les escarbilles des locomotives, les bonheurs de la petite fille, les fleurs ou les ciels, et ces grands oiseaux de mer qu’on appelle fou de Bassan, avec lesquels il dialogue tout au long du récit. »