Jean-Loup Rivière, Le Monde en détails

Peu importe qu’il s’agisse ici de théâtre : ce détail que je relève, ce sentiment que je considère, cette idée que je tente d’articuler sont les mêmes qu’un tableau, un morceau musical, un film ou un poème pourraient susciter. Le théâtre ne commence à compter et à n’être lui-même qu’au moment où il pourrait être tout autre chose. Ne commence à naître qu’au seuil de sa disparition.

Personne ne peut se passer du dialogue avec le Monde, mais chacun a besoin d’aide. L’art est un secours en ce qu’il invite à entendre l’inouï de son discours. Le théâtre témoigne de ce qu’il faut être sensible avant que d’être intelligent, si l’on veut écouter ce que dit le Monde, et trouver la réplique.

Il est probable que le théâtre soit un lapsus du Monde.

J.-L. R.

Jean-Loup Rivière (1948-2018) a enseigné les études théâtrales à l’École normale supérieure de Lyon où il a dirigé le Département des arts. Il fut également professeur de dramaturgie au Conservatoire national supérieur d’art dramatique à Paris. Il a notamment publié Comment est la nuit, essai sur l’amour du théâtre (L’Arche, 2002), Jours plissés suivi de La Pièce du Scirocco (Les Impressions nouvelles, 2004) et Conversations sur la formation de l’acteur (avec Jacques Lassalle, Actes Sud, 2004).

 

336 p., février 2015 — EAN 9782021176056

France Culture, 30 juin 2015, Sandrine Treiner, « Les bonnes feuilles » :