Natalie Zemon Davis, Juive, Catholique, Protestante. Trois femmes en marge du XVIIe siècle

Elles étaient juive, catholique et protestante. Toutes trois citadines, filles de marchands et d’artisans au XVIIe siècle. Toutes trois nous ont laissé des écrits – témoignages de femmes engagées dans leur siècle.

Glikl bas Judah Leib, marchande juive de Hambourg et de Metz, mariée à deux reprises, est mère de douze enfants et auteur d’une fascinante autobiographie écrite en yiddish. Marie de l’Incarnation, née à Tours, veuve et mystique visionnaire, abandonne son fils pour devenir ursuline au Québec où, tout en apprenant l’iroquois, le huron et l’algonquin, elle fonde les premières écoles pour jeunes filles amérindiennes. Enfin, Maria Sibylla Merian, allemande et protestante radicale, fut à la fois peintre et entomologiste – ses expéditions pionnières nous entraînent jusqu’au Surinam. Nathalie Zemon Davis, l’historienne qui nous a déjà raconté Le Retour de Martin Guerre, restitue la vie de ces trois femmes. Également remarquables, ces femmes offrent bien des similitudes, même si tout les sépare. Car dans leurs trajectoires, chacune dit le poids de la religion, de la famille, les lourdeurs d’une société qui laisse peu de marge de manœuvre aux choix personnels qui déterminent pourtant la vie de nos « trois héroïnes ».

Natalie Zemon Davis veut nous faire partager la vie de ces trois femmes européennes et des populations qu’elles côtoient. Sans jamais se priver de l’érudition nécessaire à ses démonstrations, puisant aux sources les plus inattendues, la grande historienne de Princeton montre combien ces femmes, par leurs choix et leur détermination à persévérer dans leurs projets, éclairent l’aube de l’époque moderne.

traduit de l’anglais par Angélique Levi
septembre 1997, 400 pages — EAN 9782020257220

Michelle Perrot, « Les trois sœurs », Libération, 23 octobre 1997 : « Ce désir de communiquer, de laisser des traces dans un espace public inhabituel aux femmes, a permis à Nathalie Zemon Davis de les retrouver, au fil d’une quête obstinée et fervente qui l’apparente à ses héroïnes. «ça a été une aventure pour moi de vous suivre sous des cieux si variés», leur dit-elle dans l’adresse en forme de conversation qui ouvre le livre. Ces femmes rêvaient de refaire le monde: «J’ai nourri les mêmes espoirs que vous.» En filigrane s’esquisse un quatrième portrait: celui d’une historienne hantée par le métissage des cultures, parce qu’elle y voit, hier comme aujourd’hui, la création sans cesse renouvelée du monde. » (Lire l’article ici en pdf)