Lydia Flem, Lettres d’amour en héritage

« Parmi tous les souvenirs qui me restaient de mes parents, ceux qui occupaient une place unique, les plus fragiles, peut-être, se trouvaient dans trois boîtes découvertes dans leur grenier. Trois boîtes en carton que j’avais emportées chez moi sans les ouvrir. Je savais qu’elles contenaient la correspondance amoureuse que mes parents avaient échangée pendant trois ans, entre leur rencontre fin septembre 1946 et leur mariage le 1er décembre 1949. Fallait-il les jeter sans les regarder ou bien les lire ? Était-ce indiscret ou même incestueux ? […]

Ce que j’y découvrais, ce n’était pas seulement une histoire d’amour, pas seulement la naissance d’un couple qui vécut plus de cinquante ans ensemble, mais quelque chose d’une cosmogonie, d’une histoire fondatrice, d’un miroir où chacun voudrait se reconnaître: le désir d’être né de l’amour […]

Notre histoire ne s’écrit pas sur une feuille blanche; dès notre conception, nous nous trouvons saisis dans une autre histoire, celle de nos parents, de nos grands-parents, même si nous naissons longtemps après leur mort. Dans la suite des générations, notre place est désignée, nous ne sommes pas libres de nous-mêmes.

Il nous faut assumer le passé pour ouvrir les horizons du présent. »

L.F.

272 p., octobre 2006 — EAN 9782020909013

À la Cité Internationale Universitaire de Paris, Olivier Barrot reçoit Lydia Flem pour son livre « Lettres d’amour en héritage ».

 

Se reporter, dans Journal implicite (Mep/La Martinière, 2013), aux photographies qui composent « Pitchipoï & Cousu main », « suite photographique à Comment j’ai vidé la maison de mes parents ou la Shoah vue par les yeux d’un enfant » (2010-2012).

L’amour en héritage 1 © Lydia Flem, courtesy Galerie Françoise Paviot, Paris

 

L’amour en héritage 2 © Lydia Flem, courtesy Galerie Françoise Paviot, Paris

 


En 2019, parution en un volume chez Points de la Trilogie familiale de Lydia Flem qui se lit comme le roman de la transmission sur trois générations d’une histoire d’amour, de deuil et d’orages émotionnels. Au moment de clore Comment j’ai vidé la maison de mes parents (2004), Lydia Flem n’a pas mis de point final. Aussi a-t-elle enchaîné avec les Lettres d’amour en héritage (2006), où elle raconte la correspondance amoureuse entre Boris et Jacqueline, ses parents. Dans la foulée, comme c’est au même moment que les parents nous quittent et que les enfants nous larguent, est né le troisième volet, Comment je me suis séparée de ma fille et de mon quasi-fils (2009).

Entretien avec Lydia Flem, Christine Marcandier (Diacritik). Bruxelles, 23 février 2020.