Maurizio Bettini, Noël. Aux origines de la crèche

Quoi de plus familier, de plus « naturel », qu’une crèche de Noël ? Chacun le sait : il s’agit d’une représentation de la naissance du Christ.

Et pourtant, ouvrons les Évangiles : pas de crèche, pas de bœuf et pas d’âne, pas de rois mages, encore moins de « santons ».

D’où vient alors tout ce monde ? Depuis quand et pourquoi fait-on la crèche ?

Multipliant les incursions sur tous les territoires du passé, des Évangiles apocryphes à la Naples baroque en passant par les catacombes ou La Légende dorée, l’auteur nous entraîne dans une expédition fascinante à la recherche des origines de la crèche, où, comme dans le wonderland d’Alice, « le bon sens est toujours mauvais conseiller », et où le quotidien se fait étrange, et le banal féerie.

Comme dans les contes, Maurizio Bettini incite à un décentrement paradoxal où c’est « le chemin le plus long » qui est « la meilleure façon de rentrer chez soi ».

traduction par Pierre Vesperini
240 p., octobre 2019 – EAN 9782021332339

 

Presse (sélection) :

Malo Tresca, « Crèches d’hier et d’aujourd’hui« , La Croix, 18 décembre 2019 : « D’où vient tout son petit monde (l’âne, le bœuf…), dont on ne trouve pourtant trace dans les Évangiles ? Depuis quand, et pourquoi reproduit-on ces « Nativités miniatures » ? Comment ont-elles encore évolué dans la culture post-chrétienne ? « Aussi simple, et même humble, que soit son apparence, la crèche [résulte] d’un flux de mémoire culturelle qui va bien au-delà de ce que nous appelons “tradition” ou “dévotion” », défend le professeur émérite de philologie à l’université de Sienne, Maurizio Bettini, dans Noël. Aux origines de la crèche. « Cette création ”maison”, à la portée de tous ou presque, (survient) en effet à la fin d’une histoire aussi longue que variée, intriquée, complexe, où (ont) conflué mythes et récits antérieurs au christianisme, (…) légendes et croyances locales, créations des poètes, spéculations des théologiens… », conte-t-il encore, avant d’en exposer tous les ressorts. »

• Isabelle Rüf, « La crèche comme image du monde« , Le Temps, 25 décembre 2019 : Dans son enfance catholique, Maurizio Bettini « faisait » la crèche chaque année. Plus tard, il a repris la tradition pour sa fille parce que « la crèche est le seul rituel où les enfants avaient le droit de se sentir importants ». Il est aussi l’auteur d’un Éloge du polythéisme (Les Belles lettres, 2016) et d’un essai Contre les racines (Flammarion, 2017), c’est donc en savant agnostique qu’il interroge le rituel dans un essai à la fois intime et érudit.
Au-delà des représentations religieuses, il y a dans l’installation annuelle de ces figurines un « pacte de fidélité ». En philologue, Bettini commence par interroger les Évangiles pour y chercher l’origine de cette mise en scène biblique avec mangeoire, anges et Rois mages. Avec la diffusion de la foi chrétienne, il se développe « une véritable topographie «authentique» du lieu de naissance » près de Bethléem qui s’enrichit de détails au cours des siècles et devient lieu de pèlerinage. Elle s’édifie sur le substrat d’autres récits ressemblants, dont un culte d’Adonis issu des religions orientales.
Pour retrouver l’origine de la tradition des crèches, l’anthropologue explore les récits antérieurs d’enfants merveilleux dont l’Antiquité est riche : parmi eux, Hermès, fils de Zeus, et Zeus lui-même sont nés dans des grottes, c’est donc aussi un bon début pour un nouveau dieu.
Ce qui intéresse Bettini, c’est le mouvement qui fait glisser les mythes d’une tradition à une autre, ainsi des églogues de Virgile à la crèche chrétienne : « La machine narrative, on le sait, ne se lasse jamais de produire » et les méandres qu’elle emprunte sont passionnants à suivre. Dans la nuit de l’Épiphanie, les Rois mages qui arrivent avec leurs cadeaux « enclenchent tout un jeu d’offrandes et de dons » qui renvoient, en Italie et dans d’autres pays de la Méditerranée, à sa « contre-figure perverse », la Befana, ce Père Noël féminin. Ces Rois sont des figures de conte, joyeuses mais aussi mélancoliques, car leur arrivée signifie la fin des fêtes. (…)
Dans une deuxième partie, Maurizio Bettini part, carnet à la main, visiter les crèches d’Italie et d’Europe, il les cherche dans des musées, des églises, des livres. Puis il abandonne cette quête, car la crèche n’a de sens que dans le moment où on la «fait», comme lui-même dans son enfance. Il remonte plus loin, aux sigillaria, ces petites statuettes en terre qu’on offrait à ses amis, à Rome, lors des Saturnales, vers la fin du mois de décembre, achetées dans des sortes de marchés de Noël avant l’heure. Ces figurines l’amènent aux laraires, ces installations au cœur des maisons qui représentent les dieux du foyer, les ancêtres et tout un panthéon personnel. Le laraire est stable, la crèche soumise au calendrier, mais tous deux symbolisent la communication entre le divin et l’humain: ils incarnent le «pacte de fidélité» que l’auteur honorait, sans le savoir, quand il « faisait » sa crèche.

• Alexia Vido, « Le Mystère de Noël« , La Vie, 18 décembre 2019 : « Les Évangiles canoniques sont plutôt taiseux quant à la naissance de Jésus à Bethléem. Or les crèches qui la représentent, elles, sont incroyablement loquaces ! D’où viennent donc l’âne et le bœuf, les Rois mages ou ces myriades de personnages aussi divers qu’inattendus telle la blanchisseuse aux manches retroussées ou le meunier ?  Quid  de la grotte ? Ces mises en scène naïves et poétiques ne seraient-elles qu’une reformulation fabulée et fabuleuse de l’allusif récit évangélique ? L’Italien Maurizio Bettini démonte cette hypothèse en nous entraînant dans un passionnant voyage en quête des origines de la crèche qui apparaît alors comme la  « mémoire culturelle »  de la nativité du Sauveur, fruit d’une riche tradition qui se renouvelle toujours. Le professeur de philologie classique étaye son propos en puisant aussi bien dans les écrits apocryphes ou patristiques que dans la  Légende dorée  ou les catacombes italiennes ; une érudition d’autant plus à saluer qu’elle ne sacrifie en rien à la limpidité du texte »