Daniele Del Giudice, Le Stade de Wimbledon

Un jeune homme fait une enquête sur un intellectuel mort une quinzaine d’années plus tôt et qui a la particularité de n’avoir rien publié de son vivant. Cette figure de l’intégrité, de l’exigence littéraire, est un personnage qui a existé : Roberto Bazlen, dont les écrits retrouvés ont paru à titre posthume. Mais il s’agit d’un prétexte car du véritable Roberto Bazlen peu de chose sera dit, bien que le narrateur interroge minutieusement toutes les personnes qui l’ont connu. Parmi elles, deux femmes qui vont revivre une amitié demeurée intense dans leur souvenir. De Trieste, l’enquêteur est conduit par sa recherche à Londres, à Wimbledon dont le stade vide va jouer le rôle de révélateur.

Ce roman symbolique, singulier, plein de charme et d’intelligence, a immédiatement frappé des écrivains comme Alberto Moravia, Ferdinando Camon et Italo Calvino.

Au fil des ans, ce roman de Daniele Del Giudice publié en 1983 est devenu un livre culte.

Le Stade de Wimbledon a été porté à l’écran en 2002 par Mathieu Amalric avec Jeanne Balibar dans le rôle principal.

traduit de l’italien par René de Ceccatty, 224 p., mai 2018 — EAN 9782021282429

Fabrice Gabriel, AOC, « Le Stade de Wimbledon, un grand livre délicat« , 5 juin 2018 : « Le stade de Wimbledon a été publié pour la première fois en France en 1985, chez Rivages, en un temps où les livres semblaient pouvoir s’offrir encore le luxe d’un carton un peu fort pour leur couverture, et de vrais rabats pour faire apparaître, par exemple, la photographie de l’auteur. Celle que l’on voyait là, en noir et blanc, sans mention de copyright ni signature, représentait un très jeune homme à lunettes, l’air sérieux et un peu ailleurs, un peu rêveur… La légende disait que Daniele Del Giudice était né à Rome en 1949 et vivait à Venise, et que ce premier roman avait obtenu les prix Viareggio et Mondello. La quatrième de couverture ajoutait que ce livre si « extraordinairement singulier » avait été salué à sa sortie en Italie, en 1983, par des figures littéraires éminentes : Alberto Moravia, Ferdinando Camon et Italo Calvino, qui en écrivit la préface, un peu sèche mais pleine de curiosité. (…) Voilà que Le Stade de Wimbledon revient à nouveau dans l’actualité, quinze après son adaptation au cinéma par Mathieu Amalric, dans une belle réédition que propose la « Librairie du XXIe sicèle », où ont été publiés en français tous les autres ouvrages de Daniele Del Giudice. Ils ne sont pas si nombreux, ils font une œuvre : ensemble un peu mystérieux, trop méconnu, d’un écrivain qui s’est absenté, qui n’écrira plus, retiré à Venise dans le mutisme de la maladie. Un écrivain délicat, immédiatement magnifique à travers ce premier roman « culte », nous dit-on. Est-ce vraiment cela ? Peut-être, et un peu plus encore, sans doute, car on ne peut s’empêcher aujourd’hui de superposer le destin de Daniele Del Giudice aux lignes que traçait son premier livre au-dessus d’un vide, construit sur le choix d’un silence, un commencement en miroir de cette suspension bizarre où l’on est désormais, dans l’interrogation d’un homme devenu comme son propre fantôme, l’enveloppe humaine demeurée de l’écrivain muet. »