La postérité a souvent la mémoire courte. Elle a ainsi oublié Louis Gillet (1876-1943), figure de la vie littéraire à l’approche de la Seconde Guerre mondiale.
Écrivain, amateur d’art et de littérature, découvreur de Joyce, mais aussi journaliste, Louis Gillet part en reportage à Berlin, peu après son élection à l’Académie française, pour couvrir les Jeux olympiques de 1936. Il parcourt l’Allemagne, fasciné par le redressement du pays depuis l’arrivée au pouvoir du chancelier Adolf Hitler, à peine inquiet face aux assauts du national-socialisme. Quatre ans plus tard, il est de ceux qui croient en Pétain et en Vichy. Lui qui fait métier de voir est aveuglé par l’histoire en marche. Comment dès lors comprendre qu’en octobre 1943, trois mois après la mort de Louis Gillet, le général de Gaulle le cite en exemple ?
Ce témoin ambigu est le centre d’une réflexion sur l’histoire quand elle est encore actualité : que voyons-nous, que comprenons-nous du présent dans lequel nous vivons ? À partir d’une enquête minutieuse et d’une plongée dans les archives, Jérôme Prieur construit un récit nuancé et puissant sur la place des écrivains et des intellectuels au cour d’une période complexe qui entre en forte résonance avec aujourd’hui.
Jérôme Prieur est écrivain et cinéaste. Auteur d’une vingtaine de livres, il a publié, dans « La Librairie du XXIe siècle», Roman noir (2006), Rendez-vous dans une autre vie (2010) et La Moustache du soldat inconnu (2018).
Rencontres en librairies listées sur cette page
Festival :
30 mars 2024, 18 h, Les Éditeuriales, Poitiers, médiathèque François Mitterrand.
Presse :
• Livres hebdo, 28 février 2024 : « Dans cette brillante enquête, Jérôme Prieur utilise le plus souvent la deuxième personne du pluriel. Le « vous » redonne chair au fantôme. Il permet le dialogue entre les écrits d’hier et l’auteur d’aujourd’hui. « Je note ce qui saute aux yeux« , insiste l’académicien. « Vous voyez et vous ne voulez pas voir« , lui lance Prieur. (…) Jérôme Prieur signe un livre envoûtant, exemplaire, passionnant dans la forme comme dans le fond, sur cet homme fait de tous les hommes mais qui ne les vaut pas tous » (Laurent Lemire).

• Diacritik, 13 mars 2024 : « On remarquera l’usage du « vous », non en hommage à Michel Butor ou à Italo Calvino – ou encore à La Comédie intime de Bernard Noël : « Vous demandez pourquoi tant de visages et toujours, derrière eux le mien. Vous ne savez pas, dirait-on, qu’en chacun de nous vivent un je, un il, et un tu. Vous les sentez parfois tour à tour et parfois tous ensemble » (Les têtes d’Iljetu) –, mais en tant qu’adresse décalée, marquant le passage du temps, et faisant ainsi l’hypothèse de redonner chair au fantôme ». « Lire ou relire, voir ou revoir, une œuvre de Jérôme Prieur, c’est se projeter dans un espace-temps où l’on célèbre les retrouvailles avec ce qui donne forme au conte et un corps aux fantômes : où l’auteur, ferraillant sans relâche avec ses obsessions, fait coïncider le passé et le présent, révélant de belles failles, de singuliers réservoirs à tourments, explorant ce qui résiste comme ce qui semble acquis, et surtout ce qui revient plus ou moins caché derrière tel ou tel masque – mais aujourd’hui de plus en plus souvent à visage découvert –, avec un grand art de la composition » (Christian Rosset). (Lire ici l’ensemble de l’article)
• Le Monde des livres, 22 mars 2024 : « Au-delà du cas Gillet, Prieur pose des questions très actuelles : « Et nous, qu’aurions-nous vu ? (…) Jusqu’où pouvons-nous aller en gardant les mains propres, être complice, nous taire et accepter, mais en tout bien tout honneur ? » (Denis Cosnard).
• L’Humanité, 17 avril 2024 (internet et papier le 25 avril), Alain Nicolas : « Portrait d’un homme que ses opinions foncièrement conservatrices et ses intérêts dans le champ littéraire empêchent de prendre une position claire, Regarder et ne pas voir est aussi le portrait d’une époque riche d’enseignements pour tous ceux qui veulent réfléchir sur la vie culturelle et politique d’aujourd’hui. »

• Frédérick Casadesus, « Réforme », 18 avril 2024 :


• France Culture, « Avec philosophie », Géraldine Muhlmann, 11 avril 2024.
