Georges Perec, Lieux

Première édition mondiale, à la fois livre papier et parcours numérique, des Lieux de Georges Perec :

Ce […] livre est parti d’une idée assez monstrueuse, mais, je pense, assez exaltante.
J’ai choisi, à Paris, douze lieux, des rues, des places, des carrefours, liés à des souvenirs, à des événements ou à des moments importants de mon existence. Chaque mois, je décris deux de ces lieux ; une première fois, sur place (dans un café ou dans la rue même) je décris « ce que je vois » de la manière la plus neutre possible, j’énumère les magasins, quelques détails d’architecture, quelques micro-événements (une voiture de pompiers qui passe, une dame qui attache son chien avant d’entrer dans une charcuterie, un déménagement, des affiches, des gens, etc.) ; une deuxième fois, n’importe où (chez moi, au café, au bureau) je décris le lieu de mémoire, j’évoque les souvenirs qui lui sont liés, les gens que j’y ai connus, etc. Chaque texte […] est, une fois terminé, enfermé dans une enveloppe que je cachette à la cire. Au bout d’un an, j’aurai décrit chacun de mes lieux deux fois, une fois sur le mode du souvenir, une fois sur place en description réelle. Je recommence ainsi pendant douze ans […].
J’ai commencé en janvier 1969 ; j’aurai fini en décembre 1980 ! j’ouvrirai alors les 288 enveloppes cachetées […]. Je n’ai pas une idée très claire du résultat final, mais je pense qu’on y verra tout à la fois le vieillissement des lieux, le vieillissement de mon écriture, le vieillissement de mes souvenirs : le temps retrouvé se confond avec le temps perdu ; le temps s’accroche à ce projet, en constitue la structure et la contrainte ; le livre n’est plus restitution d’un temps passé, mais mesure du temps qui s’écoule ; le temps de l’écriture, qui était jusqu’à présent un temps pour rien, un temps mort, que l’on feignait d’ignorer ou que l’on ne restituait qu’arbitrairement (L’Emploi du temps), qui restait toujours à côté du livre (même chez Proust), deviendra ici l’axe essentiel.
Je n’ai pas encore de titre pour ce projet ; ce pourrait être Loci Soli (ou Soli Loci) ou, plus simplement, Lieux.

Georges Perec

Extrait de « Lettre à Maurice Nadeau » du 7 juillet 1969, dans Je suis né, Seuil, « La Librairie du XXe siècle », 1990.

Parution le 29 avril 2022
29.00 €  608 pages
EAN 9782021114096

 

Georges Perec raconte l’écriture des Lieux – 1976, vidéo INA, à découvrir en suivant ce lien

LE PARCOURS NUMÉRIQUE EST ICI

Georges Perec a inventé au tournant des années soixante et soixante-dix du siècle passé un univers potentiel qui est devenu notre présent.

Quarante ans après sa disparition, le 3 mars 1982, « La Librairie du xxie siècle » publie l’ensemble de ses Lieux.

Désormais on découvre son expérience d’écriture dans une double dimension : livre papier et navigation numérique augmentée, un espace offert à titre gracieux par les Éditions du Seuil, où chacune et chacun peut inventer ses propres trajectoires. Le parcours numérique internet incite à une incursion dans « cent mille milliards » de Lieux.

Je remercie les ayants droit, Sylvia Richardson et Marianne Saluden, d’avoir fait le choix de rendre public cet ensemble devenu mythique, ces Lieux parisiens découverts par Ela Bienenfeld et Philippe Lejeune en 1988.

Animée par Sylvia Richardson, épaulée par Claude Burgelin, la publication de cette esquisse architecturale a été rendue possible grâce au relevé aussi minutieux que monumental de Jean-Luc Joly.

Maurice Olender

PRESSE

Le Monde, 6 mai 2022, article de Denis CosnardEmmanuel Carrère, Sophie Divry et Enrique Vila-Matas témoignent —Perec, L’étonnement quotidien par Hervé Le Tellier

Le Figaro, 27 avril 2022, « Un inédit de Georges Perec sur la capitale paraît quarante ans après sa mort » : « Imposant volume que cette œuvre de l’auteur de La Disparition, aux éditions du Seuil : 612 pages, une centaine d’illustrations couleur, 1,3 kg. Lieux est pourtant inachevé. Le projet, ambitieux, consistait à décrire 24 endroits de sa ville natale, Paris, deux par mois, pendant 12 ans. Soit 288 textes à la fin. La moitié est rédigée à partir de constatations sur place («réel»), l’autre moitié écrite de mémoire, en s’appuyant sur des événements du passé («souvenir»). (…) L’écrivain se lance en janvier 1969, comptant avoir terminé en décembre 1980. Il s’y tient jusqu’en septembre 1975, ce qui donne 133 textes, jamais publiés ».

Diasporique, n° 57, avril 2022 (le pdf de l’article peut être téléchargé ici)

Libération, 30 avril/1er mai 2022

 

Marianne :

Les Inrocks, n° 10 – mai 2022

 

 

Télérama, n° 3773, du 30 avril au 6 mai 2022