Olivier Rolin & Cie, Rooms

Lors de la parution de Suite à l’hôtel Crystal, Jorge Semprun me fit l’honneur de venir en parler à l’une de ces rencontres que la Maison de l’Amérique latine organise avec Maurice Olender pour les auteurs de la « Librairie du XXIe siècle ». […] « Chacun de tes amis, lança Semprun après la réunion, pourrait inventer une histoire de chambre d’hôtel. » […] Un an et demi après, voici le résultat d’une boutade. Suite à l’hôtel Crystal (suite), en somme.

Ces vingt-huit chambres forment un caravansérail amical – ni plus, ni moins. On pourrait donner à leur recueil le titre d’un tableau de Max Ernst datant de 1922, où sont peints les membres du groupe surréaliste, « Au rendez-vous des amis » : à ceci près que ce n’est pas un groupe que rassemblent ces pages, moins encore une « avant-garde », pas même une bande. Rooms n’affirme rien, Rooms n’est évidemment pas le manifeste d’une école, juste un jeu entre des auteurs (romanciers surtout, mais pas seulement) que lie un peu plus que de l’estime.

Olivier Rolin

mars 2006, 250 pages, EAN 9782020848411

Les auteurs de Rooms : Jean-Christophe Bailly, François Bon, Geneviève Brisac, Emmanuel Carrère, Bernard Comment, Gil Courtemanche, Michel Deguy, Michel Deutsch, Patrick Deville, Jean Echenoz, Mathias Enard, Arlette Farge, Lydia Flem, Patrick Grandville, Jean-Baptiste Harang, François Hartog, Linda Lê, Charif Maddalani, Pierre Michon, Maurice Olender, Jean Rolin, Olivier Rolin, Tiphaine Samoyault, Alain Satgé, Jorge Semprun, Jean-Philippe Toussaint, Alain Veinstein, Antoine Volodine.

« Un auteur anonyme s’invite dans cet ensemble. La note 3 de la page 8 de Rooms annonce qu’une chambre supplémentaire est parvenue anonymement, incomplète, par des voies quelque peu détournées et qu’on la publie séparément, à la fin de ce recueil. » (Maurice Olender, Un fantôme dans la bibliothèque, « La Librairie du XXIe siècle », 2017, p. 202). « Chambre 51, hôtel Plantin-Moretus, 11 impasse de la Longue-rue-des-Images, Anvers » de Maurice Olender est devenu « Le Cliveur de diamants », p. 117-131 et 200-202 du Un fantôme dans la bibliothèque). Dans Circus 2, page 721, Olivier Rolin révèle être l’auteur du texte anonyme.

 

Dans Circus 2 (Seuil, Fiction & Cie, septembre 2012, p. 724-725), Olivier Rolin raconte la naissance de ce livre : « Alors voici. Lors de la parution de Suite à l’hôtel Crystal, Jorge Semprun me fit l’honneur de venir en parler à l’une de ces rencontres que Maurice Olender organise à la Maison de l’Amérique latine pour ses auteurs de la « Librairie du XXIe siècle ». Quand je dis « honneur », ce n’est pas une formule. Jorge Semprun est une des personnes que j’admire. Vie et œuvre, comme on disait dans les manuels. Ça remonte à loin dans la famille : je me souviens que Le Grand Voyage était un des livres que ma mère mettait très haut (elle avait raison). Suite… est une collection d’histoires plus ou moins abracadabrantes survenues dans des chambres d’hôtel de par le monde, minutieusement (et même maniaquement) décrites. « Chacun de tes amis, lança-t-il après la réunion, pourrait inventer une histoire de chambre d’hôtel. Moi, par exemple, dans un hôtel de Madrid, je rencontrerais Federico Sánchez. » L’oreille de Maurice Olender n’est pas celle d’un sourd, et sa mémoire est excellente. Un an et demi après, voici le résultat d’une boutade. Suite à l’hôtel Crystal (suite) en somme. »

L’Orient Littéraire, Charif Majdalani, « Chambres avec vue sur le monde », septembre 2006 :  » (…) Suite à l’Hôtel Crystal est un roman si étonnant par sa forme et sa conception même que, dès sa parution, une série d’écrivains et de poètes se mettent d’accord pour faire un livre qui en serait comme un remake et dans lequel chacun d’entre eux écrirait un texte sur le modèle de ceux de la Suite. L’initiative prend vite forme et donne lieu, en 2006, à la parution de Rooms, une initiative éditoriale singulière à laquelle ils sont vingt-huit à participer, de Patrick Grainville à Jorge Semprun, de Michel Deguy à Pierre Michon, de Jean-Philippe Toussaint à Antoine Volodine, en passant par Jean Echenoz, Emmanuel Carrère, Bernard Comment, Mathias Enard et bien d’autres. Le principe de Rooms, conforme à la contrainte que se sont imposée les écrivains, c’est que chaque texte est la description d’une chambre d’hôtel, quelque part dans le monde, suivie d’une histoire dont cette chambre est le prétexte et mettant si possible en scène les personnages de Suite à l’Hôtel Crystal, notamment le narrateur, ou au moins sa voix, et éventuellement la galaxie de personnages louches ou extravagants qui l’entourent, Iskandar Arak-Bar, l’agent double syrien toujours ivre, le capitaine Thémistocle Papadiamantidès ou encore l’infâme Antonomarenko, sans oublier la belle et mystérieuse Mélanie Melbourne.
Le résultat de tout cela, c’est que Rooms est un livre unique et savoureux, plein d’histoires drôles et bizarres, et très homogène malgré la diversité de ses auteurs. La contrainte initiale a généralement bien fonctionné, ce qui fait qu’avec chaque récit, on se trouve simultanément plongé dans des affaires louches ou extravagantes conformes au ton et au principe de la Suite, et dans l’univers propre à chaque écrivain. Ainsi, chez Patrick Grainville, un agent s’apprête à assassiner la femme d’un dictateur africain dans une chambre qui est un zoo fabuleux ; chez Antoine Volodine, un trafiquant de cornes de rhinocéros est congelé dans une chambre à Hong Kong ; chez Pierre Michon, deux trafiquants de dieux s’apprêtent à s’éliminer mutuellement dans une chambre du Crotoy ; chez Patrick Deville, des bandits enlèvent un footballeur qui vaut de l’or à Sarajevo, tandis que le personnage de Jean Echenoz, enchaîné dans une chambre d’Addis Abeba, s’endort au bruit du trafic à un carrefour comme au bruit de la mer, et que celui de Jean Rolin ne quitte plus sa cabine de cargo et passe sa vie à tourner autour de la Terre pour échapper à ses poursuivants. Tourner autour de la Terre, c’est un peu ce qui se passe dans Rooms, en hommage à Olivier Rolin, l’homme qui, un jour, inventa le monde et dont chaque livre est une fenêtre ouverte non sur un seul, mais sur tous les spectacles de la planète ».