Les responsabilités internationales, et françaises tout particulièrement, qui ont rendu possible ce génocide « prévisible », selon les mots du rapport Muse de 2021, ont été objectivées. Les recherches récentes montrent que l’entreprise criminelle aurait pu être stoppée, même au début de la phase paroxystique engagée quelques heures après l’attentat contre l’avion présidentiel le 6 avril 1994. Cet engrenage vers l’extermination planifiée des Tutsi a été dans le même temps – on le sait avec le rapport Duclert –, combattu par des agents de l’État de la République française, par des chercheurs, journalistes, citoyens. Leurs engagements sont ici appréhendés à travers des portraits, des analyses en profondeur et des documents d’époque.
Il importe de réfléchir au sens de l’événement incommensurable qu’est le génocide des Tutsi, de rechercher les traces insondables qu’il dépose dans les sociétés, de penser l’impératif de prévention pour éviter la répétition de l’histoire tragique, de s’interroger enfin sur les raisons de la faillite collective de n’avoir pu empêcher la catastrophe. Malgré les connaissances acquises sur le génocide des Arméniens et sur la Shoah, malgré les alertes nombreuses, la France et la communauté internationale ont laissé le processus génocidaire aller jusqu’à son terme au Rwanda.
Des chercheurs français, rwandais, d’Europe et d’Afrique, se sont réunis pour composer ce volume du Genre humain. Ils se reconnaissent dans le devoir de recherche exigeant une quête déterminée, implacable, de la vérité historique. Des sources nouvelles, des sujets renouvelés, des faits démontrés livrent un important savoir, qui paraît un an avant la trentième commémoration du génocide, fragment d’une histoire commune désormais possible.
Responsable de volume : Vincent Duclert
Préface de : Joseph Nsengimana
Postface de : Liberata Gahongayire
Ce numéro, publié par les éditions du Seuil, est disponible en librairies. Publication le 31/03/2023.
EAN 9782021508413



Les laboratoires de l’horreur et de la mort industrielle que furent les camps nazis ont paradoxalement aussi été des lieux de création. Création dans des conditions extrêmes, presque toujours clandestine et souvent le fait de simples amateurs pour qui elle constituait une ultime planche de liberté – ou de résistance. Ce fut le cas dans le camp pour femmes de Ravensbrück avec Le Verfügbar aux Enfers, pièce écrite fin 1944 par l’ethnologue Germaine Tillion (1907-2008) avec l’aide de ses compagnes résistantes déportées. Œuvre de survie collective, cette « opérette-revue » sans partition qui détourne avec humour un répertoire varié d’airs populaires éclaire de manière exemplaire les relations complexes entre mémoire musicale, création et résistance dans les camps. 
Danielle Cohen-Levinas et Antoine Guggenheim ont choisi de privilégier l’analyse des modes d’imbrications entre philosophie, théologie et antijudaïsme. Les trois thèmes qui composent le titre de ce volume supposent d’emblée un quatrième terme : l’antisémitisme. Car, comme l’écrit Jean-Luc Nancy, le mot « antijudaïsme », qui a pu « servir de paravent à l’antisémitisme […], semble destiné à limiter les dégâts en prétendant qu’il s’agit d’une opposition à la religion juive, et non au peuple. Le problème est qu’on ne sépare pas si facilement les deux, même lorsqu’il s’agit de Juifs entièrement sortis de la religion. […] Quoi qu’il en soit, l’antisémitisme n’a été qu’un mot pour baptiser – si j’ose ironiser – ce qu’était depuis longtemps l’hostilité chrétienne envers les Juifs ».
Est-il légitime d’affirmer qu’une partie de l’histoire de l’art dit « contemporain », peut-être même « la moins négligeable », soit désormais écrite par des artistes ? Y aurait-il donc des « artistes-historiens, artistes-archivistes » qui seraient les chroniqueurs de ces « histoires qui nous manquent » ? Dans ce numéro succédant au volume consacré à
Depuis sa création, la revue 